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Visite à San Stefano

Visite au Couvent de San Stefano à Istanbul

 

Marwan Abou Diwan

25 novembre 2020

 

Un jour ensoleillé du mois de juillet 2014, alors que je visitais la ville d'Istanbul en Turquie, je me suis rendu au couvent des Capucins de San Stefano, dans le quartier de Yeşilköy, accompagné par mon amie Jihane Bechaalani Abou Diwan qui était en visite dans la ville.

Léonard et Thomas sont arrivés dans ce centre de formation des postulants de l’Ordre des Frères Mineurs Capucins (O.F.M. Cap.) en avril 1895 pour passer 6 ans d’études en plus de leur année de noviciat. Ils faisaient partie du premier groupe de Baabdathiens qui y furent acceptés.

Yeşilköy qui signifie en turc « le Village Vert », connu jusqu’en 1926 sous le nom de San Stefano (Ayastefanos en turc), fait partie du département de Bakirköy, sur la mer de Marmara, à 11 kilomètres environ du centre historique de la ville.

Le nom de San Stefano date, comme le dit la tradition, du 13ème siècle. Pour échapper à une tempête, le bateau qui transportait les reliques de Saint Etienne, de Constantinople à Rome, dut jeter l’ancre sur ce rivage. On abrita les reliques du saint dans une église jusqu’à ce que la tempête se calme. Depuis, l’église et le quartier portent le nom du premier martyr de l’Eglise.

Il existe à Yeşilköy trois églises pour honorer le passage des reliques de Saint Etienne : une église orthodoxe, une autre arménienne et une troisième catholique annexée au couvent qui abritait le Petit Séminaire où les deux futurs martyrs sont passés pour suivre leurs études.

À notre arrivée, nous nous sommes dirigés vers la boutique des souvenirs du couvent et nous avons demandés à rencontrer le Père supérieur. Notre visite avait été déjà annoncée par le curé de la Basilique Mineure de Saint Antoine de Padoue à Istiklal Caddeci, où la Chorale de Baabdath avait servi une messe au mois de mai de la même année.

Nous avons été accueillis chaleureusement par le père Gregorio Salmoneli, supérieur et seul religieux résidant au couvent. À peine expliqué le but de notre visite, il se met à reconstruire l'espace tel qu’il était au temps des deux postulants Baabdathiens. Il déniche un livre qu’il garde précieusement relatant l’histoire du couvent et des générations qui s’y succédèrent. Il nous montre des photos qui remontent à l’époque où les postulants y résidaient…

Il nous devance sur la terrasse et commence à nous dépeindre le paysage de ce temps-là : « Les religieux vivaient de la pêche, précise-t-il, …les vagues se brisaient au pied du couvent, et on pouvait y accéder en barque ».

Revenant de la terrasse, le père Gregorio nous guide à l'intérieur du couvent et nous explique que rien n’a changé, à l'exception des salles de bain, depuis le séjour des deux postulants Baaddathiens. Même le jardin de la cour intérieure, qu’on peut voir par les fenêtres du couloir, est resté tel quel. Il précise que « les tableaux accrochés sur les murs y étaient aussi... ». Les postulants occupaient les étages supérieurs alors que les religieux profès logeaient au rez-de-chaussée.

Nous nous déplaçons d'une cellule à l’autre espérant que nos yeux tombent sur un signe quelconque montrant le passage de Léonard ou de Thomas. Les murs sont tapissés de tableaux de saints devant lesquelles nos deux étudiants ont dû passer tous les jours pour gagner la chapelle à l’étage ou l’église du couvent, pour assister à la Prière des Heures, aux cours ou bien pour aider leurs frères dans les travaux quotidiens. S'arrêtant devant une Vierge à l’enfant, un crucifix, Saint François ou le patron de la maison, pour faire monter un soupir confondu avec l’imploration du fondateur : « Seigneur, que veux-tu que je fasse !?» auraient-ils su que l'amour pour le Christ les amènerait, à l’instar de Saint Etienne, à rester fidèles à leur foi jusqu’au sang et à donner leurs vies pour ceux qu'ils aiment !?

Quant à l'église du couvent, elle garde toujours son caractère primitif, car les autorités civiles du pays ne donnent aucun permis de restauration. Seul l’autel a été tourné pour permettre au célébrant de se tenir face aux fidèles. « Les vocations sont rares en Turquie, rétorque le père Salmoneli, l’Orient se vide de ses communautés chrétiennes à cause des divisions entre les communautés chrétiennes elles-mêmes et de tous les événements tragiques qui le tourmentent… Le séminaire n’accueille plus les étudiants de l’Ordre, la licence ne nous a jamais été octroyée par l’Etat, c'est pourquoi nous les envoyons directement à Rome. D'ailleurs, peu de jeunes décident d’embrasser la vie religieuse et beaucoup d’entre eux la quittent une fois arrivés en Europe… ». Quant à la paroisse, « le nombre de fidèles diminue, remarque-t-il, surtout que les jeunes chrétiens quittent le pays, une fois leurs études terminées ».

Malgré ces propos un peu décourageants, nous avons quitté les lieux nos cœurs débordant de joie d’avoir eu la grâce de visiter ce lieu saint où nos deux frères Baabdathiens ont vécu, remettant nos vies entre les mains du Seigneur, ainsi que l'avenir de l’Église, particulièrement celle de l’Orient et Lui demandant de nous guider, afin que Sa volonté soit faite dans l’ici et le maintenant.

Notre visite fut un pèlerinage sur les pas de Léonard et de Thomas, espérant un jour pouvoir le compléter partant de Baabdath, en passant par le Petit Séminaire de San Stefano, le Grand Séminaire de Buca (Boudja), Mardin, Ourfa, Diarbakir… jusqu'au désert où a été exécuté Léonard, en dehors de Mardin, et à Marach où Thomas remit son âme entre les mains du Sauveur.

Façade séminaire de 1912
Façade 2014
Couloir et tableaux
Cellule
Jardin de la cour intérieure
Chapelle
Eglise
Façade église
P. Gregorio Salmoneli, supérieur, à l'entrée du couvent
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...et, une fois de plus, la bure franciscaine fut teinte du sang des martyrs...
LeonardMelki
© Farés Melki 2013